08 janvier 2017 ~ 0 Commentaire

1 – Liberté

Ma première nouvelle pour le projet Bradbury sur le thème de « retrouver quelque chose qui a été perdu ». Bonne lecture !

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1

Cela fait six ans. Six longues années interminables et ennuyeuses à rester ici, à ne rien faire, à avoir perdu l’espoir de la retrouver.

Mais aujourd’hui, c’est décidé. Elle a tout pparé dans les moindres détails. Elle va fuir cette emprise, cette prison. Elle va se libérer de ces chaînes, se délier de ses cordes entravant ses poignets.

Oui, elle va revivre.

 *

Un mince rayon de soleil la réveille. C’est un exploit qu’il puisse pénétrer dans cet horrible bâtiment, gardé de gigantesques murs, gris et sans couleurs ni fenêtres.

Comme tous les matins, elle se lève, s’arrose le visage de cette eau sale et jaunie, qui n’est probablement pas nettoyée et désinfectée avant d’arriver dans les robinets. Puis, elle va chercher son plateau, quasiment vide, contenant un pain sec et de l’eau. Elle mange silencieusement, en pensant à sa famille qui est sûrement en train de déguster les bons petits plats qu’aiment tant les Américains. Elle, devrait être en train d’avaler plusieurs beignets, puis les fameux pancakes avec du sirop d’érable, sans oublier un bon milkshake (la spécialité de sa grande sœur). Mais non, personne ne l’a cru lorsqu’elle leur a dit que ce n’était pas elle, mais que c’était Nick. Maintenant, à cause de celui qu’elle croyait son meilleur ami, son frère, sa moitié, il l’avait faite envoyer là, mener cette triste vie qui aurait dû être la sienne. Pourquoi avait-il fait ça ? Bien sûr, il ne voulait pas y aller, alors quand la police était arrivée, il s’était enfui et elle qui venait d’arriver pour leur rendez-vous habituel, avait été emmenée comme coupable. À sa place.

Et maintenant, elle était ici. Dans cette prison inconnue de  tous et illégale.

Stop. Il ne fallait plus penser à ça.

Elle regarde discrètement entre les barreaux. Comme prévu, le garde s’éloigne pour sa pause café. Un autre le remplacera dans un quart d’heure environ. Ils n’ont pas à s’inquiéter, étant donné qu’à cette heure matinale les autres prisonniers dorment encore.

Une fois l’homme hors de sa vue, elle se munie du couteau qu’elle a réussi à prendre à un garde de nuit sommeillant devant sa porte. La faible sécurité visant à garder les prisonniers à l’intérieur de cette prison est mal pensée. Les autres comme elle, ne prenant pas la peine de l’observer pour en déceler ses points faibles n’ont aucune chance de sortir.

Tout comme la sécurité, les barreaux d’une solidité semblable à un chamallow se coupent comme un jeu d’enfant.

 Sa taille lui a toujours posé problème, mais pour une fois, elle est bien contente de ne pas mesurer deux mètres. Elle passe ses bras dans la cavité qu’elle a réalisé en enlevant les barreaux de premier prix et se hisse de façon à pouvoir passer sa tête de l’autre côté. Elle balance ses jambes en avant et tombe par terre, la tête la première. En touchant brutalement le sol, un bruit retentit mais personne ne vient. Les compétences en matière de garde pour ceux-ci n’avaient pas été difficile à comprendre.  

Elle attend quand même quelques minutes pour être sûr que la voie soit libre. Quand elle n’entend plus aucun bruit de pas, elle se dirige à pas de loup vers la sortie de secours.

Elle clenche la poignée mais celle-ci est fermée. Elle réessaye encore.Rien. Son plan d’évasion va être complètement modifié !

Elle regarde autour d’elle. Elle a le choix entre deux autres portes. Une pour les membres de cette prison et une autre pour… en fait, elle ne le sait pas puisque cette dernière se révèle être sans aucune indication.

Bon, le plus sûr serait la deuxième. Entrer dans la salle destinée aux personnes qui l’ont surveillé pendant toutes ces années n’est pas une très bonne idée.

Elle ouvre donc la seconde porte et y trouve juste un grand couloir et des tonnes de fils parsemant les murs. Elle se dirige jusqu’au fond. La pièce est déserte, seules quelques caisses sont rangées dans un coin. Mais il n’y a pas d’autre issue. Elle balaie la salle du regard. Elle se souvient de quelque chose que lui a toujours répété sa mère « Quand tu n’as plus d’échappatoire possible, regarde toujours en l’air ». Elle lève les yeux. Bingo ! Au dessus des caisses se trouve une bouche d’aération. Elle grimpe sur celles-ci et soulève la grille puis se hisse jusqu’à être complètement dedans. À l’intérieur, il fait noir et elle ne voit rien. Elle est très à l’étroit, encore une fois elle remercie ses parents des gènes qu’ils lui ont donné pour avoir ce physique.

Soudain, elle entend des pas se rapprocher de plus en plus.

« Par là ! Venez ! »

Oh non !

 

2

Comment ont-ils pu la remarquée ? Pourtant, elle a bien vérifié que personne ne la suive. Elle commence à avancer dans la bouche d’aération, mais ce n’est pas une bonne idée. Qui sait ce qui s’y trouve derrière !

La porte s’ouvre à grande volée. Une silhouette courant à toute vitesse se précipite vers l’endroit où elle se trouve.

« Non, non, non s’il vous plaît, murmure-t-elle. »

Elle le regarde mais remarque qu’il ne porte pas d’uniforme, en fait, il porte les habits qu’elle arbore en ce moment même. Alors, lui aussi il cherche à s’enfuir !

Les pas se font de plus en plus entendre. Les gardes doivent être plusieurs.

« Pssst, dit-elle au jeune homme. »

Il se retourne vers elle. Il est grand, à la peau mate et aux yeux bleu azur.

Il escalade les quelques caisses et saute pour arriver pile dans la bouche d’aération. Elle s’écarte de justesse. À peine est-il arrivé, que la porte s’entrouvre et une dizaine d’hommes armés pénètre.

Elle prie pour qu’ils ne les voient pas. S’ils sont assez malins ils lèveront la tête et les deux jeunes évadés se retrouveront exposés et là… elle préfère ne pas imaginer la suite.

« Putain ! Où est-ce qu’ils sont passés ? Il n’y a aucune issue ! s’énerve un des hommes.

-Le patron va nous tuer !

-On a qu’à dire qu’on s’est trompés, et qu’il n’y avait en réalité personne.

-Tu penses qu’il va nous croire ? »

Quelques minutes après, les gardes s’étant mis d’accord sur le mensonge qu’ils allaient servir à leur chef, ils partirent, laissant un grand blanc s’installer.

« T’es là depuis combien de temps ? demande le jeune homme.

-Trois ans. Mais j’ai l’impression d’être là depuis toujours.

-Moi cinq ans, je ressens la même chose que toi.

-Tu crois qu’on va y arriver ?

-Bien sûr. Et on sera libre. »

Sa déclaration lui redonne de l’espoir. Il a raison, elle ne doit rien lâcher. Si elle a accompli tout ce chemin, elle doit y arriver, elle est obligée.

« C’est drôle quand même. »

Drôle ? Elle n’aurait pas vraiment employé ce terme.

« Comment ça ?

-Eh bien, que l’on décide de s’enfuir le même jour, explique-t-il avec un sourire. »

Elle rit légèrement. Ça fait du bien. De reparler à quelqu’un, de rire, de sourire, de ne plus se sentir seule.

« Tu penses que ça nous mène où ? lui demande la jeune fille.

-Aucune idée, en avant chère aventurière ! »

Sa compagnie lui plaît. Il rend cette escapade beaucoup plus agréable. Évidemment, elle est heureuse et excitée de pouvoir enfin retrouver sa liberté, mais elle a aussi peur, d’échouer et de devoir rester dans cet endroit jusqu’à la fin de ses jours.

Ils avancent progressivement en rampant. Mais son compagnon beaucoup moins vite. Sa taille et ses épaules carrées le freinent dans son ascension. Elle ralentit.

« Oh non… s’exclame-t-elle la voix chevrotante.

-Qu’est-ce qu’il se passe mademoiselle ?

-Il y a plein d’araignées ! »

Il part d’un grand fou rire.

« Zut, alors ils ont oublié de faire le ménage dans la bouche d’aération !

-C’est pas drôle, fit-elle vexée qu’il se moque de lui. 

-Je plaisante, chochotte. »

Quelques minutes plus tard, ils arrivent à l’extrémité de la bouche d’aération.

« Ah, quand même ! s’exclame le jeune homme. 

-Oui, enfin te réjouis pas si vite… »

 

3

En bas se trouvent les cuisines. Des tas de personnes s’affairent aux fourneaux. Ils ne vont pas passer inaperçus s’ils descendent.

Elle a une idée.

« Est-ce que t’as l’heure ?

-Oui. »

Il fouille dans sa poche et en sortit une jolie montre dorée, qui a l’air très vieille.

« C’est tout ce qu’il me reste de ma famille. Elle appartenait à mon grand-père. J’ai réussi à la cacher quand ils m’ont transféré ici. »

Il s’interrompt, le regard perdu, mais très vite se reprend et lui dit :

« Excuse-moi, je me perds dans mes souvenirs. Il est presque midi. »

Même s’il ne le montre pas, le garçon renferme une belle sensibilité. Malheureusement, ces cinq années de prison l’ont fortifié et lui ont appris à ne pas la montrer. C’est ce qu’il leur ait tous arrivé.

« Normalement, ils devraient bientôt avoir fini le service, fait remarquer le jeune homme.

-Oui, si on attend un peu, on pourra passer sans problèmes. »

Elle s’aperçoit qu’il le fixe.

« Quoi ?

-Rien, dit-il en souriant. Je pensais juste à ma sœur. Elle te ressemble beaucoup.  Que ce soit pour le physique ou le caractère. 

-Elle s’appelle comment ?

-Cassia.

-C’est joli. Et toi ?

-Moi ? Essaie de deviner ! Alors ma belle, j’ai une tête à m’appeler comment ?

-Jack ? 

-Ah non ! Je déteste ce prénom.

-Mais, c’est le beau romantique dans Titanic !

-Je n’aime pas non plus les films à l’eau de rose.

-Je vois… Clark ?

-Trop vieux !

-Sam ?

-Perdu !

-Je donne ma langue au chat !

-Moi c’est Maxime.

-Ah oui, j’étais loin !

-Et toi ?

-Anastasija.

-Tu as un très beau prénom. »

Elle rougit.

« Ah, on dirait que la salle est déserte ! »

Ils enlèvent la grille et se laissent glisser le long du mur.

 

4

Ils se dirigent jusqu’au fond de la salle, toujours sur leurs gardes. Enfin, ce n’est pas le cas pour les deux.

« Maxime ? »

Elle retrouve le jeune homme en train de se goinfrer de petits gâteaux.

« Dépêche-toi !

-Hé, relax ! Ils sont partis et je n’ai pas mangé de bonnes choses depuis huit ans… Tu te rends compte ? dit-il en prenant un air infligé. »

Anastasija rit et se sert aussi un gâteau. Il a raison, qu’est-ce que c’est bon ! Pouvoir enfin remanger quelque chose de comestible, quel bonheur !

Alors qu’ils mangent au moins leur cinquième pâtisserie, ils entendent deux personnes parler.

Maxime tire la jeune fille jusque dans un placard. Ils se retrouvent corps à corps, tellement la place est restreinte.

« Hé, t’inquiète, dit-il en lui caressant les cheveux.

-Je ne m’inquiète pas.

-Menteuse. Je sens ton cœur battre à cent à l’heure. »

Elle rougit pour la deuxième fois.

Quand enfin un silence pesant s’installe, ils regardent discrètement par l’entrebâillement  de la porte.

« On peut y aller.

-À vos ordres chef ! »

Ils rient. Finalement, elle est contente de ne pas devoir effectuer son évasion seule.

Ils passent par la porte de secours. Heureusement, elle est ouverte. À côté se trouve un plan du bâtiment.

« Regarde, on est presque arrivés au bout ! »

Maxime est content pour elle, cette belle fille, les yeux pétillants, s’imaginant sûrement son retour dans sa famille, enfin retrouver cette liberté qui en un seul jour lui a glissée entre des mains.

Lui, il n’a pas de famille, en tout cas il ne la connaît pas.

Derrière la porte se trouve un long escalier, dont on ne voit pas le bout.

« Allez go ! »

Ils s’élancent dedans, il tourne et est interminable. Après avoir descendu pendant environ deux minutes sans s’arrêter, ils décident de faire une pause. Il y a un petit rebord dans le mur. Ils s’y assoient.

« Au fait pourquoi tu es arrivé là ? demande Anastasija au jeune homme.

-C’est compliqué. »

Il s’arrête un instant, puis reprend.

« En fait, je suis orphelin. Je n’ai jamais connu mes parents. »

Elle l’écoute attentivement.

« Les personnes qui s’occupaient de moi à l’orphelinat ne m’aimaient pas. Je ne sais pas pourquoi, j’étais sage, j’obéissais, je ne tapais jamais les autres. Il y avait probablement une raison concernant mes parents. Un jour, j’ai demandé à la propriétaire de l’orphelinat de me parler d’eux, au moins me dire leur prénoms. Mais tout de suite elle s’est énervée et m’a dit que le passé était passé et il ne fallait pas penser à eux. J’étais très triste. Alors, je ne lui ai plus jamais redemandé. Et puis, quand j’ai eu dix-sept ans, ils m’ont dit que mes parents voulaient qu’ils s’occupent de moi uniquement jusqu’à cet âge. »

-Ils… ils t’ont mis à la porte ?

-Oui, sans argent. »

Silence. Anastasija le brise :

« Que s’est-il passé ensuite ?

-Je mendiais, j’essayais de trouver un travail, mais sans argent, sans foyer, je ne pouvais rien. Un soir, alors que je dormais dans la rue, j’entendis des cris pas très loin, puis des pas s’éloignant. Je suis allé voir et j’ai découvert un homme en train d’agoniser. Il gémissait de douleur et perdait beaucoup de sang. Quelqu’un a dû me voir, car quelques minutes après la police arrivait. »

Ils reprirent leur descente des escaliers.

C’était dur pour tous. Repenser au passé, à ses années envolées.

« Eh bah ! s’exclama Anastasija.

Maxime se hâte de la rejoindre.

« Hé, hé ! »

 

5

Devant eux se trouvent une pièce remplie d’armes de tout genre. Ils en prennent deux chacun.

« On n’aurait pas pu demander mieux ! »

Ils ouvrent l’unique porte en face d’eux et découvrent une dizaine d’hommes en train de boire un café.

« Pas un geste ! s’exclame Maxime. J’ai toujours rêvé de faire ça ! »

Anastasija rit.

Les gardes ayant posé leurs armes pendant leur pause se retrouvent à présent sans défense. Ils sont paniqués et hébétés.

Ils longent les murs, brandissant leurs armes devant eux, bras tendus. Puis, une fois arrivé à la porte ils se mettent à courir.

Ils y sont presque. Mais le plus dur reste à faire…

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